Chaouen n'a pas toujours été bleue. Le bleu de chaux n'est devenu signature qu'au XXᵉ siècle. Avant cela, la ville était une enclave militaire andalouse perdue dans le Rif.
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à remplacerChefchaouen est fondée en 1471 par Moulay Ali Ben Rachid, chérif descendant d'Idriss II, qui fuit la pression portugaise sur la côte. Il y installe une garnison et y accueille les vagues successives de morisques expulsés d'Espagne (1492, 1568, 1609). La ville devient, jusqu'au XXᵉ siècle, l'une des plus fermées du Maroc : interdite aux chrétiens jusqu'à l'arrivée des troupes espagnoles en 1920. Cette isolation explique la préservation exceptionnelle de la médina (intacte depuis le XVIᵉ siècle), de la langue (un arabe jbala à forte composante hispanique, conservant des mots castillans archaïques), et des traditions textiles morisques.
I. Pourquoi Chaouen est bleue
Le bleu de Chaouen est une construction récente et débattue. Trois hypothèses se disputent. Première : le bleu serait l'apport des juifs séfarades arrivés au XVᵉ siècle, pour qui le tekhelet (bleu rituel issu du murex) symbolise le ciel et la divinité. Deuxième : pratique anti-moustiques — la chaux additionnée de bleu de méthylène repousse les insectes (technique aussi utilisée à Jodhpur en Inde). Troisième : pratique anti-chaleur — le bleu pâle reflète mieux la lumière solaire que la chaux blanche pure, fraîchissant les rues.
Aucune des trois hypothèses n'épuise la question. Ce qui est certain : le bleuissage massif et systématique est récent (années 1930-1970), conséquence d'un consensus communautaire plus que d'une tradition immémoriale. Il a en revanche fait de Chaouen une marque mondiale — la troisième image la plus partagée du Maroc sur Instagram après Jemaa el-Fna et la mosquée Hassan II. La ville en tire aujourd'hui l'essentiel de son économie touristique.
II. Le mendil, tissu identitaire
Le mendil (mendel) est le tissu identitaire des femmes jbala de Chaouen et du Rif occidental. Tissé en bandes étroites sur des métiers à pédale traditionnels, il combine systématiquement des rayures rouges et blanches en lin (chaîne) sur une trame de laine — laine de mouton sardi élevé sur les pentes du Rif. La pièce, longue de 1,80 m à 2,40 m, sert à la fois de fouta (jupe portefeuille), de pèlerine, de couverture portative, et de châle.
La fabrication du mendil reste presque entièrement artisanale et féminine. Les femmes jbala, regroupées dans des coopératives (Beni Ahmed, Akhmas, Beni Salah, plus de 30 coopératives au total dans la province), travaillent à domicile sur des métiers en bois transmis de mère en fille. Une pièce demande entre 60 et 80 heures de tissage selon la finesse. Le mendil est porté traditionnellement avec un chapeau de paille à pompons de laine colorée — silhouette caractéristique des marchés du Rif.
III. Patrimoine andalou-musulman intact
Parce que Chaouen est restée fermée aux non-musulmans pendant 450 ans, sa médina est l'une des plus intactes du Maroc. Les maisons andalouses à patio central, avec leur escalier extérieur, leur étage à galerie de bois ouverte, leurs tuiles à débord de toit, leurs vestiges de plomberie hispano-mauresque, sont conservées sans modification depuis le XVIᵉ siècle. La place Outa el-Hammam, en cœur de médina, garde son alignement original avec la mosquée de la Kasbah et le palais d'Ali Ben Rachid (aujourd'hui Musée Ethnographique de Chaouen).
Cette intégrité explique pourquoi Chefchaouen est candidate à l'inscription UNESCO depuis 2007 — dossier toujours en cours. Le ministère de la Culture, en partenariat avec la commune et l'APDN, a engagé en 2018 un programme de réhabilitation qui privilégie la conservation des matériaux d'origine (terre, chaux, tuiles, cèdre) et qui interdit la mise en bleu industriel des façades nouvellement réhabilitées — pour préserver l'authenticité de la couleur.
IV. Une économie touristique sous pression
Chefchaouen a vu son nombre de visiteurs exploser : de 80 000 en 2010 à plus de 500 000 en 2024 (estimation Ministère du Tourisme). Cette pression a des effets contradictoires : revenu accru pour la commune et les commerçants, mais aussi spéculation immobilière, transformation des maisons jbala en riads-Airbnb, et invisibilisation progressive de l'économie textile traditionnelle au profit de la souvenirisation.
Plusieurs coopératives de tisserandes ont réagi en créant des labels « Mendil authentique de Chefchaouen » et en développant des circuits courts vers Tanger, Tétouan, Rabat. La Maison de l'Artisanat de Chefchaouen, ouverte en 2014 dans une ancienne kasbah restaurée, propose un parcours muséal sur le tissage jbala, des espaces de vente directe, et des résidences pour designers textiles internationaux.
V. À voir, à apprendre
Lieux essentiels pour comprendre l'artisanat de Chefchaouen.
- Place Outa el-Hammam Cœur médina — Mosquée de la Kasbah, palais d'Ali Ben Rachid.
- Kasbah Ali Ben Rachid Place principale — Forteresse 1471, Musée Ethnographique.
- Ras el-Maa Sortie est de la médina — Source qui alimente la ville, lavoirs collectifs.
- Maison de l'Artisanat Médina — Coopératives jbala, ventes directes, ateliers de tissage.
- Mosquée espagnole Colline ouest — Belvédère, vue sur la médina bleue.
- Akchour 30 km est — Parc national de Talassemtane, cascades, randonnée jbala.
VI. Sources
- Maison de l'Artisanat de Chefchaouen — Ouverte 2014, Kasbah restaurée — Coopératives jbala..
- APDN — Agence pour la Promotion et le Développement du Nord — Programme Chaouen..
- Ministère du Tourisme — Statistiques de fréquentation 2010-2024..
- Maison de l'Artisan — Tanger-Tétouan-Al Hoceïma / Filière tissage jbala. — lien.