L'artisanat marocain s'organise autour de matières premières — la laine, le cuir, le bois, l'osier, l'alfa, l'argile, la pierre, le marbre, le cuivre, le fer, l'argent, l'or — et de villes-ateliers où ces matières se transforment depuis des siècles.
Chaque région a sa langue. Fès tient le cuir, le cuivre, le zellige, le brocart de soie et de fil d'or. Marrakech rassemble le tapis, le tadelakt, la vannerie, le cuir et le cuivre. Essaouira garde le bois de thuya, le filigrane d'argent et le verre soufflé. Safi et Salé sont les capitales de la poterie. Tiznit et le Souss restent les bastions de la bijouterie d'argent berbère. Meknès est la seule ville où survit la damasquinerie, art de la gravure sur acier.
Cette page propose une lecture systématique : seize filières documentées une à une, avec leur histoire, leur technique, leurs régions, leurs maîtres et — quand l'élément est inscrit — sa reconnaissance par l'UNESCO.
i. Le travail des matières
Les filières se répartissent classiquement en cinq univers de matière : la décoration (tapis, poterie, ustensiles), l'habillement (caftan, djellaba, broderie, babouches), l'ameublement (bois sculpté, cuivre, fer forgé), l'architecture (zellige, plâtre, tadelakt) et la gastronomie traditionnelle (huile d'argan, amlou, safran, smen). Chacune obéit à des codes — outillage, vocabulaire, hiérarchie — transmis dans des corporations urbaines (la hanta) ou dans le cercle familial.