i. Origines berbères et andalouses

L'art des zelliges naît au Maroc vers le Xᵉ siècle, dans des tons blancs et bruns, en imitation des mosaïques romaines laissées en Afrique du Nord. La dynastie berbère des Zénètes en pose les fondations dans la région de Fès.

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Vidéo · Le geste en mouvement

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Au fil des dynasties — Almoravides venus du désert, Almohades du Haut Atlas, et surtout Mérinides (1250–1465) — la technique s'enrichit. Au XIVᵉ siècle, le zellige envahit palais, médersas, fontaines, hammams, patios. Les apports d'al-Andalus (artisans andalous chassés par la Reconquista) achèvent de fixer son vocabulaire chromatique : bleu cobalt, vert émeraude, miel, noir.

Le mot « zellige » et le portugais/espagnol azulejo partagent la même étymologie arabe : az-zillīj, « la petite pierre polie ».

ii. L'argile, le menqach, la cuisson

Le procédé tient en quinze étapes inchangées depuis des siècles. L'argile vient exclusivement des carrières de Fès, riches d'environ soixante-dix minéraux qui lui donnent sa plasticité et sa couleur après cuisson.

  1. L'argile fermente 24 heures dans des bassins.
  2. Elle repose une nuit, puis est moulée à plat en carreaux carrés.
  3. Séchage au soleil, de un à trois jours selon la saison.
  4. Première cuisson à 950 °C dans un four à bois.
  5. Émaillage à l'oxyde (cuivre pour le vert, fer pour le jaune, cobalt pour le bleu).
  6. Seconde cuisson, qui fixe la couleur et donne le brillant.
  7. Découpe à la main avec le menqach, une marteline tranchante. Un artisan confirmé taille jusqu'à mille tesselles par jour.
  8. Assemblage à l'envers, face émaillée contre le sol, sur un plan lisse. Les joints sont les plus fins possible.
  9. Coulage de mortier au dos pour solidariser la plaque, scellée avec des barres de fer.
  10. Pose en place sur le mur ou le sol.

iii. Maâlems et géométrie sacrée

La représentation du vivant étant écartée de l'art sacré islamique, le zellige s'est constitué en grammaire purement géométrique. Les motifs reposent sur l'étoile à huit branches, la rosace, l'entrelacs. Tout obéit à deux systèmes de tracés berbères-marocains : la Ḥasba (calcul) et la Qasma (division).

Le maâlem — maître zelligeur — porte ce savoir : il dessine le motif, calibre la palette, dirige l'atelier. Sous lui, le kassar taille les tesselles ; le fassi les pose. La hiérarchie est stricte ; l'apprentissage commence enfant.

Chaque tesselle est une pièce unique qui porte l'empreinte de la main du maâlem. Ce sont ces « imperfections » qui font la profondeur du zellige.

iv. Les lieux à voir

  • Médersa el-Attarine, Fès — XIVᵉ siècle (1325), zelliges mérinides de référence absolue.
  • Médersa Bou Inania, Fès — 1350-1357, panneaux d'une virtuosité décorative inégalée.
  • Fontaine Nejjarine, Fès — frises et bordures d'école.
  • Médersa Ben Youssef, Marrakech — XVIᵉ siècle, palette saadienne plus riche.
  • Tombeau de Moulay Ismaïl, Meknès — vers 1700, zellige tardif somptueux.
  • Mosquée Hassan II, Casablanca — 1993, plus de 6 000 maâlems mobilisés pour ses zelliges modernes.
Xᵉ s.
Apparition à Fès
≈70
Minéraux dans l'argile
950 °C
Cuisson
15
Étapes inchangées
À retenir

Zellige ou bejmat ?

Le zellige est une mosaïque de tesselles taillées à la main, parfaite pour les murs et fontaines. Le bejmat est un carreau rectangulaire plein, non découpé, adapté aux sols. Le tadelakt, lui, n'est ni l'un ni l'autre : c'est un enduit de chaux poli.

Sources

  1. Salima Filali, Histoire du zellige — https://www.salimafilali.com/post/histoire-du-zellige-l-origine-et-l-%C3%A9volution-de-cette-technique-d%C3%A9corative
  2. Zellige.info — Galerie et fabrication — https://www.zellige.info/
  3. Trésors du Maroc, Zellige de Fès — https://les-tresors-du-maroc.fr/zellige-fes/
  4. UNESCO, médina de Fès (1981) — https://whc.unesco.org/fr/list/170/
  5. Ministère du Tourisme et de l'Artisanat — https://mtaess.gov.ma/fr/artisanat/