i. Quatre écoles, un même geste

La poterie marocaine couvre tout le pays, mais quatre villes en concentrent l'identité : Safi, Fès, Salé, Tamegroute. Chacune a sa terre, ses oxydes, ses motifs, ses formes. Toutes partagent la double cuisson : un premier passage au four cuit l'argile, un second fixe l'émail.

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Vidéo · Le geste en mouvement

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Vase verni jaune Placeholder · à remplacer par embed YouTube / Vimeo (FR · AR · EN sous-titres)

ii. Safi, capitale de la faïence

Sur la côte atlantique, à 250 km au sud de Casablanca, la Colline des Potiers de Safi rassemble depuis un siècle des dizaines de fours et d'ateliers. La technique de la double cuisson y est centrale : l'argile est d'abord modelée et tournée puis cuite — le « biscuit » sort blanc — ; il est ensuite peint aux oxydes (cobalt, manganèse, cuivre) et émaillé, puis recuit. La seconde cuisson vernit la surface.

Safi produit la majorité des tagines décoratifs vendus aux touristes, mais aussi des vases, des plats, des cendriers, des saladiers de grande qualité. La blason de Safi est le bol émaillé blanc-bleu à motifs floraux, héritage d'influences arabo-andalouses.

iii. Fès, le bleu cobalt

Le bleu de Fès est l'une des marques visuelles les plus reconnaissables de la céramique marocaine. Sur un émail blanc d'opacification (stanné), l'artisan trace au cobalt des motifs géométriques mêlés à des inscriptions calligraphiques. Plats, jarres, gargoulettes, plateaux. Le bleu de Fès accompagne aussi le zellige : on le retrouve dans les fontaines, les frises.

iv. Tamegroute, le vert au cuivre

À 18 km au sud de Zagora, dans la vallée du Drâa, le village de Tamegroute abrite une école unique au Maroc. La poterie y est cuite avec un émail à l'oxyde de cuivre, qui donne un vert profond, irrégulier, allant du jade au turquoise. Les pièces sont volontairement rustiques — bords irréguliers, glaçure inégale. Elles sont devenues l'un des marqueurs esthétiques du design méditerranéen contemporain.

v. Salé, le tagine beldi

Si la quasi-totalité des familles marocaines possède un tagine, la majorité de ceux peints sont des objets décoratifs. Le vrai tagine de cuisson — le tagine beldi — est non décoré, en argile brut e non vernie, parfois cerclé de fer. Salé en a longtemps été le principal producteur. La chaleur monte lentement et de manière homogène, le couvercle conique condense la vapeur : c'est le génie thermique d'un objet vieux d'au moins mille ans.

vi. Sur le tour

Le geste est presque universel : boule d'argile sur le tour, paumes humides, ascension lente du cylindre, élargissement, formation du col. Mais à Tamegroute, on tourne souvent assis au sol, le tour actionné au pied. À Safi, on travaille debout, sur des tours électriques. Les fours sont à bois, parfois encore au noyau d'olive ou à la fiente de chameau, alimentés depuis l'extérieur. La cuisson dure de huit à seize heures.

4
Capitales potières
2
Cuissons standard
8–16 h
Cuisson au four à bois
Cu · Co · Mn
Oxydes traditionnels
À retenir

Tagine beldi ou tagine décoratif ?

Le tagine de cuisine est en argile non émaillée — bord épais, couleur ocre, parfois cerclé d'un fil de fer pour limiter les fissures. Si on le tape, il sonne mat. Un tagine peint, vernis, brillant, est purement décoratif : la cuisson dans l'émail libère des oxydes potentiellement toxiques.

Sources

  1. Wikipédia, Artisanat marocain — Poterie — https://fr.wikipedia.org/wiki/Artisanat_marocain
  2. Trésors du Maroc, Poterie de Safi — https://les-tresors-du-maroc.fr/
  3. Ministère du Tourisme et de l'Artisanat — Stratégie 2021–2025 — https://mtaess.gov.ma/fr/artisanat/
  4. MDA — Programme d'Excellence Poterie & Céramique 2026 — https://mda.gov.ma/fr/