i. Le décret de l'UNESCO
Le 7 décembre 2023, à la 18ᵉ session du Comité intergouvernemental, l'UNESCO inscrit officiellement « Arts, savoir-faire et pratiques associés à la gravure sur métaux (or, argent et cuivre) » sur la Liste représentative. Le Maroc rejoint ainsi un cercle restreint de pays dont le travail du métal est reconnu comme patrimoine vivant de l'humanité.
Galerie
défiler →Vidéo · Le geste en mouvement
à remplacerL'inscription couvre un large éventail de techniques : martelage, ciselure, repoussage, damasquinage, niellage, filigrane. Elle reconnaît aussi l'organisation corporative — les hantas — qui transmettent le métier en milieu urbain depuis le Moyen Âge.
ii. La place Sefarine de Fès
Si un lieu condense ce métier, c'est la place Sefarine à Fès — du nom des chaudronniers (saffārīn). Quelques dizaines d'ateliers à ciel ouvert, encerclés de platanes, où le martèlement du cuivre rythme la médina depuis le XIIᵉ siècle. On y fabrique encore plateaux, marmites, théières, samovars, lampes à arabesque.
Le geste fondateur est le martelage : feuille de cuivre rouge, étirée à coups de marteau ronds (matraqua) sur une enclume cornue (arzala). Le métal mince devient un objet creux. Puis vient la ciselure : un poinçon (ciselet) frappé par petits coups répétés grave les arabesques sur la surface. Aucun gabarit : le motif circule, mémorisé, dans l'œil du maâlem.
iii. Trois ateliers, trois métaux
Cuivre
Roi des dinanderies marocaines. Fès, Marrakech et Tétouan en sont les capitales. Les pièces les plus emblématiques : la siniya (plateau à thé), le khel'a (samovar), le grand lustre ajouré.
Argent
Tiznit, Essaouira, Taroudant — capitales de la bijouterie. Filigrane fin, niellage (incrustation de sulfure d'argent dans des sillons), parures berbères : fibules khellal, pectoraux louh, bracelets khellala.
Acier damasquiné
Meknès est la seule ville marocaine où survit la damasquinerie — l'incrustation de fils d'or et d'argent dans l'acier patiné. On y produit vases, boîtes, ornements pour selles d'apparat.
iv. Le geste, transmis
L'apprentissage est long : trois à cinq ans pour devenir sani' (compagnon), une dizaine pour mériter le titre de maâlem. La transmission se fait dans l'atelier, dans le geste répété, sans manuel. Les jeunes commencent par le balayage, puis le polissage, puis le démarrage du feu, puis enfin le martelage des pièces simples.
Le cuivre obéit à la main, pas au plan. On l'écoute, et il prend la forme qu'il veut bien prendre.Maâlem Hassan, Sefarine, Fès
Pourquoi « dinanderie » ?
Le mot vient de Dinant, ville belge spécialisée au Moyen Âge dans le travail du cuivre martelé. En français, il désigne génériquement les ustensiles ouvrés en métal non précieux. Le mot arabe est naḥḥās (نَحَّاس) — le cuivre, le cuivrier.
Sources
- UNESCO, Arts liés à la gravure sur métaux (2023) — https://ich.unesco.org/en/RL/arts-skills-and-practices-associated-with-engraving-on-metals-gold-silver-and-copper--01939
- UNESCO, État des éléments pour le Maroc — https://ich.unesco.org/en/state/morocco-MA
- Maison de l'Artisan, programmes 2026 — https://mda.gov.ma/fr/
- Wikipédia, Artisanat marocain — section damasquinerie — https://fr.wikipedia.org/wiki/Artisanat_marocain