Jemaa el-Fna — littéralement « assemblée des trépassés », nom dont les hypothèses étymologiques varient — est la grande place ovale de la médina de Marrakech. Depuis au moins le XIIe siècle, elle est un théâtre quotidien où se rassemblent conteurs (hlaqi), musiciens, charmeurs de serpents, herboristes, acrobates, dresseurs de singes, écrivains publics, voyantes. Ce n'est pas un monument : c'est une pratique, une habitude millénaire de l'espace public marocain.

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Vidéo · Le geste en mouvement

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Halqa sur la place Placeholder · à remplacer par embed YouTube / Vimeo (FR · AR · EN sous-titres)

i. Histoire

Première fois mentionnée dans les chroniques almoravides du XIIe siècle, la place a alterné entre fonction marchande, militaire et festive. Sous les Almohades, elle accueille parfois des exécutions publiques (d'où une des hypothèses étymologiques) ; sous les Saadiens et les Alaouites, elle redevient une place de commerce et de spectacle. Sous le Protectorat, elle est inscrite au plan d'urbanisme conservateur de Marrakech, ce qui la protège.

ii. Au quotidien

La place fonctionne à deux régimes journaliers : diurne (souks de jus d'orange, herbes médicinales, henneuses, écrivains, voyantes) et nocturne (cuisines de rue, ensembles de musique gnawa et amazighe, conteurs, halqas — cercles d'auditeurs autour d'un narrateur). Le moment charnière du coucher du soleil, vers 18h-19h, voit la place se transformer en quelques minutes.

iii. Hlaqi — les conteurs

La place est l'un des derniers lieux du monde où se transmet oralement la tradition du conte. Les hlaqi récitent les Mille et une nuits, les vies des saints, des récits picaresques marocains. Leur public, debout en cercle, donne ce qu'il veut à la fin. La transmission de cette pratique est aujourd'hui critique : il ne reste que quelques conteurs actifs, dont Abderrahim Makouri, formé par Mohamed Bariz décédé en 2003.

iv. Sauvegarde

L'inscription UNESCO a permis la mise en place du Plan de gestion de Jemaa el-Fna, qui régule l'occupation de la place, protège les artistes traditionnels et limite l'invasion commerciale. La Fondation Jemaa el-Fna, créée en 2002, documente la pratique et anime un programme de transmission aux jeunes hlaqi. Le séisme de 2023 a relativement épargné la place.

Sources